- 8 août
L’Art d’Exister, ou l’étrange aventure d’être soi
- Patricia Penot
- Réflexions
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Nous avons appris beaucoup de choses au cours de notre vie. Nous avons appris à nous débrouiller, parfois avec beaucoup de sérieux, jusque dans cet art très particulier qui consiste à rester aimables avec des gens que nous aurions volontiers envoyés sur une île déserte. Nous avons appris à nous adapter, à être raisonnables, à faire ce qu’il fallait au bon moment. Nous avons développé des compétences très sophistiquées pour organiser nos journées, honorer nos obligations et retrouver, après quelques minutes d’une légère panique, le mot de passe que nous étions pourtant certains de ne jamais oublier.
Et au milieu de tout cela, une chose aussi élémentaire qu’exister semble aller de soi. Parce que nous sommes là, que nous respirons, forcément, nous existons. Biologiquement, l’affaire paraît entendue. Sauf qu’intérieurement, c’est une autre histoire.
Car il existe une différence étrange entre être vivant et sentir que l’on participe réellement à sa propre existence. On peut remplir ses journées et avoir pourtant la sensation de les regarder passer. Faire tout ce qui doit être fait et ne plus très bien savoir depuis quand certaines choses n’ont plus vraiment de goût. Continuer à marcher parce que la route est devant nous, sans se demander depuis longtemps si elle nous ressemble encore.
L’impression de s’être éloigné de soi n’est pas toujours spectaculaire. Et c’est justement ce qui peut faire qu’un jour, sans avoir vécu de grande crise, claqué une porte ou acheté un billet d’avion sur un coup de tête pour aller élever des chèvres dans le Larzac, nous nous rendions compte que nous ne nous sentons plus vraiment vivants. Nous n’avons pas nécessairement à faire le bilan de tout ce que nous avons réussi dans notre vie, ni le compte de ce que nous possédons, encore moins à nous interroger sur l’image que nous pensons donner de notre existence. La question est ailleurs.
Qu’est-ce qui répond encore présent en nous ? Qu’est-ce qui nous anime, nous met en mouvement, nous fait vibrer ?
C’est là que commence, pour moi, l’Art d’Exister.
Nous n’avons pas vraiment à chercher comment devenir une meilleure version de nous-mêmes. Nous avons déjà suffisamment de choses à améliorer dans notre maison pour éviter de nous ajouter nous-mêmes à la liste des travaux. L’Art d’Exister pourrait commencer lorsque nous redevenons curieux de nous-mêmes, lorsque nous nous demandons ce qui nous touche, ce que nous désirons profondément, ce qui pourrait nous remettre dans un mouvement réel avec la vie.
Cela suppose une certaine qualité de présence à soi. Elle ne naîtra pas forcément d’un calme olympien pendant que le monde s’agite au loin. La vraie vie a rarement la délicatesse de nous laisser tout le temps nécessaire, sauf lorsqu’elle nous impose elle-même de ralentir. Cela vous est sans doute déjà arrivé : vous décidez de ne plus rien faire pendant quelques instants et, précisément à ce moment-là, quelqu’un vous demande quelque chose que vous n’osez pas refuser, ou une contrariété minuscule réussit à prendre la taille d’un mammouth avant le déjeuner.
Nous pouvons traverser une journée entière en mode automatique ou remarquer ce qui nous atteint, ce qui nous réjouit, ce qui nous fatigue ou ce qui nous anime. La qualité de notre regard peut faire toute la différence.
C’est ce qui me fascine depuis très longtemps dans la connaissance de soi. Plus nous nous découvrons, plus nous pouvons parfois nous simplifier dans nos attitudes et nos comportements. Nous restons pourtant traversés par des contradictions — c’est, semble-t-il, assez humain ! — mais cette complexité n’est pas obligée de nous compliquer la vie. Nous pouvons vouloir la liberté et rechercher la sécurité en même temps sans que cela constitue un problème. Nous pouvons aimer profondément quelqu’un et avoir aussi besoin qu’il nous laisse tranquille cinq minutes. Nous pouvons désirer changer quelque chose en nous et pourtant nous accrocher avec beaucoup de conviction à ce que nous connaissons déjà.
L’être humain est ainsi fait. Fabuleusement complexe. Et l’Art d’Exister consiste aussi à faire la paix avec cette complexité, en développant suffisamment d’intimité avec soi-même pour reconnaître ce qui nous appartient vraiment. Alors, quelque chose devient plus libre en nous. Nos choix peuvent changer. Notre rapport au temps peut changer. La manière dont nous avons envie d’entrer en relation avec les autres évolue également. À mesure que l’on cesse de se quitter soi-même pour correspondre à ce que l’on pense devoir être, une autre manière d’exister devient possible. Elle est plus vivante. Et probablement beaucoup plus surprenante.
C’est autour de cette exploration qu’est né Le Club de l’Art d’Exister. Depuis quelque temps, j’avais envie d’un espace où nous pourrions prendre rendez-vous avec ces questions-là, où la connaissance de soi pourrait redevenir une aventure à vivre. Chaque mois, nous prendrons le temps d’explorer un nouveau thème à travers des réflexions, des expériences, une méditation et une rencontre en direct.
Le Club sera officiellement inauguré le 1er septembre 2026.
Et notre première exploration portera un titre qui me semble particulièrement adapté à ce commencement : Commencer autrement. J’aime beaucoup cette idée. Parce que nous imaginons souvent qu’un nouveau départ exige une nouvelle vie, alors qu’un regard neuf peut parfois suffire à ouvrir une porte devant laquelle nous passions depuis des années.
Retrouvons cette curiosité pour cette étrange, imprévisible et passionnante personne avec laquelle nous allons malgré tout passer toute notre existence : nous-même.
Pour en savoir plus sur le Club de l'Art d'Exister : https://patriciapenot.podia.com/ab32b5c0-119e-440d-b9b3-87666b7199b0